La gestion des espèces invasives

Les travaux

Baccharis en bordure d'une saline exploitée (Crédit photo : P. DELLA VALLE)

Présentation

Cette action cible les espèces exotiques envahissantes suivantes : le Baccharis (Baccharis halimifolia), l’Herbe de la Pampa (Cortaderia selloana), le Ragondin (Myocastor coypus) et le Rat musqué (Ondatra zibethicus).

» Baccharis halimifolia :

Le Baccharis communément appelé Sénéçon-en-arbre est un arbuste originaire d’Amérique du Nord et introduit en France au XVIIème siècle à des fins ornementales. Depuis, cet arbuste invasif s’est développé massivement sur le littoral français atlantique. Le Baccharis possède un fort pouvoir de dissémination et de colonisation. Il colonise aussi bien les milieux anthropisés que naturels. Le Baccharis est une plante très compétitive qui forme des fourrés très denses, entraînant la disparition des communautés locales caractéristiques des milieux humides du littoral. La formation de ces fourrés ferme considérablement le milieu et banalise les paysages. De par sa tolérance au sel et au vent, le Baccharis prolifère en bordure de salines où il a un effet « brise-vent » contraire aux besoins des paludiers et sauniers.

Fourré de Baccharis (Crédit photo : CCIN)

Champs d’Herbe de la pampa (Crédit photo : CCIN)

» Cortaderia selloana :

L’Herbe de la pampa est une plante herbacée vivace qui atteint 2 à 4 m de hauteur. Originaire d’Amérique du Sud, elle s’est cependant répandue sur bien d’autres territoires comme les côtes atlantique et méditerranéenne. Elle est très facilement reconnaissable à ses fleurs formant des plumeaux blanchâtres duveteux longs. On la trouve essentiellement dans des milieux perturbés comme les friches, les remblais, les talus, les bords de routes et de chemins. Elle est aussi très présente dans certains habitats remarquables comme les zones humides (berges de marais, bords de rivières), les milieux sableux et les pelouses.

» La lutte contre les espèces exotiques envahissantes végétales :

Les actions de lutte sont réalisées selon trois techniques : action mécanique, action par traction animale et arrachage manuel.

En fonction des territoires, l’action mécanique (arrachage à la pelle mécanique, broyage, rotavator, hersage) pourra être privilégiée sur des milieux peu sensibles où une densité importante de gros pieds est observée. Sur les marais de Guérande et du Mès, l’arrachage par traction animale (avec chevaux de trait) sera favorisé. Sur les marais de l’île de Noirmoutier, cette technique sera privilégiée sur des milieux plus sensibles. Cette technique douce a de bons résultats sur les gros sujets et limite l’impact sur terrains humides. Enfin pour des jeunes plants sur des stations peu étendues, l’arrachage manuel sera mis en place.

Arrachage de Baccharis par traction animale (Crédit photo : Cap Atlantique)

 

Ragondin (Crédit photo :  SMMVLJ)

» Myocastor coypus :

Le Ragondin est un gros rongeur aquatique originaire d’Amérique du Sud. Depuis son importation en France au XIXème siècle pour l’exploitation de sa fourrure, il a progressivement colonisé l’ensemble des zones humides métropolitaines. Seul le froid limite son implantation. Un couple de ragondins engendre une descendance de 90 individus en 2 années. Les individus pèsent en moyenne 7 kg mais peuvent dépasser les 10 kg. Ce rongeur est essentiellement herbivore. Il consomme environ 25 % de son poids en matière végétale fraiche par jour (un ragondin de 4 kg mange 1 kg de végétaux par jour). Ce rongeur vit dans des terriers creusés dans les berges des cours d’eau, des fossés ou des mares. Le volume de terre extraite peut représenter 1 à 2 m³.

Dans nos marais, il n’existe aucun prédateur naturel du Ragondin adulte. 

» Ondatra zibethicus :

Le Rat musqué est originaire d’Amérique du Nord. Importé pour sa fourrure au XXème siècle, ce rongeur aquatique a colonisé en 50 ans la majorité des marais français. Cette colonisation s’explique par sa forte capacité de reproduction (30 jours de gestation) et une maturité sexuelle à 10 mois. C’est pourquoi, un couple de Rats musqués génère environ 400 individus en 2 ans. Contrairement au Ragondin, il supporte très bien les périodes de froid. Ce petit rongeur, 750 g en moyenne, est un herbivore, il consomme également quelques animaux aquatiques ainsi que des coquillages (anodontes). À l’occasion il peut également se nourrir de poissons morts. Le Rat musqué vit dans des terriers creusés dans les berges. Il construit aussi des huttes de végétaux qu’il coupe et entasse.

Contrairement au Ragondin, le Rat musqué connait de nombreux prédateurs tels que le Putois (Mustela putorius), le Renard (Vulpes vulpes), le chat domestique (Felis silvestris catus) ou les rapaces.

Rat musqué (Crédit photo : Grigori Pisotski)

 

A noter que les marais salants/salés ne sont pas les milieux les plus recherchés par les 2 espèces. Le Ragondin colonise plus facilement les canaux salés surtout en présence de mares d’eau douce à proximité.

Outre leurs introductions (espèce exotique) et leurs caractères invasifs (occupation d’espaces au détriment des espèces locales), le Ragondin et le Rat musqué sont qualifiés d’espèces nuisibles.

Ils altèrent les milieux par le creusement des terriers : terre remise dans les canaux, turbidité de l’eau, fragilisation des berges voire d’ouvrages hydrauliques (écluses, digues,…) ; ces faucardeurs nés détruisent les herbiers aquatiques et toute la biodiversité liée aux herbiers ; leur appétit crée des dégâts aux cultures (maïs, prairies de pâturage, arbres…) enfin comme de nombreux rats, ils sont porteurs sains de maladies transmissibles à l’Homme et aux animaux (la douve du foie, la leptospirose, la toxoplasmose,…).

Ces nuisances reconnues contribuent au classement de ces rongeurs aquatiques au niveau européen au titre des espèces exotiques envahissantes – Règlement n°1143/2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes.

Au niveau national, les 2 espèces sont concernées par une règlementation au titre de la protection des végétaux (dégâts aux cultures) et une seconde au titre de la chasse et de la faune sauvage (animaux nuisibles).

» La lutte contre les espèces exotiques envahissantes animales :

Des actions de piégeage sont réalisées sur les secteurs LIFE de la Presqu’île de Guérande, du marais de Millac et du marais de Doridon sur l’Île de Noirmoutier.

Sur la Presqu’île de Guérande, cette action est réalisée par POLLENIZ, seul organisme de veille sanitaire habilité à mettre en place des actions de lutte contre les rongeurs aquatiques. Sur le marais de Millac, le SAH prévoit l’achat de cages pour aider le réseau de piégeurs bénévoles. Sur l’Île de Noirmoutier, le saunier présent sur le marais Doridon participera au relevé des pièges.

Ragondin dans une cage (Crédit photo : SAH)

Objectifs

Cette action vise à améliorer l’état de conservation avant tout des prés salés atlantiques, et de manière indirecte également celui de l’habitat lagunaire, présents sur :

  • l’ensemble des marais salants de la Presqu’île de Guérande sur 2 650 ha ;
  • le marais de Millac sur 318 ha ;
  • les marais salés de Noirmoutier (environ 60 ha colonisés).

Avancement

» Marais de Guérande et du Mès :

  • Un groupe de travail réunissant les acteurs du marais a été mis en place afin de définir les secteurs d’intervention sur le Baccharis chaque année.
  • Depuis 2018, des travaux ont été réalisés sur plus de 30 ha de marais répartis sur les communes de Mesquer, Saint-Molf, Assérac et Guérande ainsi que sur l’ensemble des sites pilotes restaurés (37,5 ha).

» Marais de Millac :

  • Les travaux pour limiter la prolifération du Baccharis et de l’Herbe de la pampa débuteront à l’automne 2020 si les conditions météorologiques le permettent.
  • La lutte contre le ragondin et le rat musqué est historique en Marais breton. Elle perdure depuis l’apparition du rat musqué dans les années 60. La mise à disposition de cages par le SAH a pour objectif le soutien voire l’intensification de la lutte notamment à proximité des bassins restaurés. L’action débutera en 2021 en concertation avec le réseau de piégeurs.

» Marais de l’île de Noirmoutier :

  • La lutte contre les espèces exotiques envahissantes végétales en 2019 a été réalisée sur 37,2 ha.
  • Travaux en cours pour l’année 2020.